Après la défaite japonaise, Yukiko, dactylographe sans le sou, retourne à Tokyo dans l’espoir de renouer avec Tomioka, un homme marié avec qui elle a vécu une intense histoire d’amour en Indochine durant la Seconde Guerre mondiale. Mais si leurs retrouvailles ravivent les braises de cette ancienne passion qui les hante, le sombre et indécis Tomioka ne semble pas partager les espoirs de Yukiko. Luttant pour survivre dans une société dévastée, la jeune femme emploiera toutes ses forces à le reconquérir...
de Mikio NARUSE
Japon, sortie au Japon en 1955, sortie en France en 1984, reprise 15 octobre 2025 , 2h04
abusdecine.com :
À première vue, le scénario de Nuages flottants semble relever du mélodrame, avec son lot d’adultères et d’infidélités, de viols et de crimes passionnels, d’avortements subis et de maladies fatales : et l’ensemble ne tient en un seul long-métrage qu’au prix d’autant de lacunes et d’ellipses. Mais la mise en scène de Naruse confère à l’intrigue une indéniable profondeur, le cinéaste réussissant le tour de force de marcher, sans jamais basculer, sur un fil tendu entre réalisme social et tragédie féminine.
Au fil de ses quatre-vingt neuf films tournés en trente-sept ans, Naruse s’est fait le portraitiste des femmes japonaises : elles n’y sont jamais réduites à des êtres fragiles ballottés par une société dominée par les hommes, mais luttent pour leur bonheur. Paradoxalement, ce réalisateur que Hideko Takamine surnommait « le vieil homme méchant », tant ses silences et sa franchise la terrorisaient, a réservé sa tendresse à ses seules héroïnes : l’actrice tourna d’ailleurs rien moins que dix-sept films sous sa direction.
Notes : Premier des "Dix Meilleurs Films" de Kinema Jumpō pour l’année 1955, troisième meilleur film japonais de tous les temps selon le classement établi par la même revue en 1999 et trente-sixième film préféré d’Akira Kurosawa, Nuages flottants a été présenté par Mikio Naruse comme un condensé de son cinéma. Yasujirō Ozu aurait confié qu’il s’agit du seul film, avec Les Sœurs de Gion de Kenji Mizoguchi, qu’il aurait été incapable de réaliser.
Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l’ignore. Dans les années 70, il voit Hannes s’éveiller à l’amour et au monde des plantes. Aujourd’hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret. Autour de lui, certains se cherchent, d’autres se rencontrent. Lui demeure, ami silencieux, dans un temps plus vaste que le leur.
de Ildikó ENYEDI
Hongrie, sortie le 1er avril 2026 , 2h27
Le Polyester :
Les trois parties de Silent Friend, où l’on évoque les âmes et le sexe des plantes, racontent des quêtes émerveillées de savoir mais il s’agit aussi de trois récits de solitude et de rejet. Enyedi se penche sur différentes époques, différentes étapes du savoir scientifique, et différentes étapes de la place laissée aux femmes et aux minorités dans cette course à la connaissance ultime. L’autre point commun entre ces explorateurs solitaires, c’est un arbre centenaire (sans doute l’ami silencieux évoqué par le titre du film) planté majestueusement en plein milieu du campus. Ce dernier a beau être considéré comme un temple du savoir, le film nous parle ausis beaucoup de tout ce qui n’est pas encore su, ce qui est tu ou qui n’est pas compris.
Abus de Ciné :
La réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi a été ovationnée dès la projection de presse vénitienne de son nouveau long. "Silent Friend" est un film qui tourne entièrement autour d’un arbre majestueux, un gingko (qui peut vivre jusqu’à plus de 1200 ans), dont la graine, en train de germer en accéléré, ouvre d’ailleurs le métrage. Planté dans le jardin botanique d’une université allemande, il est le point d’articulation de 3 histoires, disposées en des époques différentes.
Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve.
de İlker ÇATAK
Allemagne, sortie le 1er avril 2026 , 2h08
Troiscouleurs.fr:
Le film est un pamphlet contre le régime autoritaire d’Erdoğan, dénonçant la répression des voix dissidentes et la censure dans les institutions culturelles et universitaires. Il explore également les compromissions personnelles et les dilemmes moraux que la précarité impose aux individus engagés, tout en abordant des questions de féminisme, de résistance artistique et de survie familiale.
L'atalante:
Révélé avec son film précédent LA SALLE DES PROFS, le cinéaste allemand d’origine turque İlker Çatak dit s’être inspiré de la situation de nombreux intellectuels turcs ces dernières années, et particulièrement du procès fait au cinéaste Emin Alper (BURNiNG DAYS). Désireux de ne pas s’approprier directement un combat qui n’est pas le sien, İlker Çatak opère un choix métaphorique intéressant : comment représenter un territoire sans le filmer ? L’intrigue est censée se dérouler en Turquie, mais il assume par des cartons succincts avoir tourné son film en Allemagne (« Berlin joue le rôle d’Ankara »). YELLOW LETTERS nous plonge dans ce climat paranoïaque, et dans le dilemme moral de ce couple condamné à payer le prix de son engagement politique. Il ne perd rien de son talent pour mettre en scène l’urgence qui saisit ses personnages, sans pour autant réduire ces derniers à de simples rouages d’un suspense qui les dépasse…
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes.
de Carla SIMÓN
Espagne, sortie le 8 avril 2026 , 1h55
Radiofrance:
Il y a ce choix de l'hyper-délicatesse, qui fait se cotoyer le miel et une rugosité qui sourd. Il y a des personnages odieux mais ça passe, dans cette chronique solaire. Il y a la fin, comme un faux flash-back de la jeunesse des parents, qu'on imagine être toujours imprégnés de la façon dont le personnage de la jeune fille les idéalise, les fantasme. Ça rappelle le cinéma de Mikhaël Hers, qui a fait Ce sentiment de l'été, qui travaille aussi cette extrême douceur et aborde la noirceur sous toutes ces couches de douceur.
Télérama:
Romería est le troisième long métrage de la cinéaste catalane, mais le second (après Été 93, 2017) à explorer des blessures autobiographiques. Pour incarner son double, tout au long de cette enquête intime sur l’histoire de ses propres parents, elle a choisi une jeune actrice débutante d’un charme et d’une subtilité inouïe. À la table des secrets, la jeune Llúcia Garcia apporte sa vérité, une beauté réfléchie, lumineuse et émouvante, l’intelligence sensuelle de son corps, cette solide promesse de vie issue d’une génération sacrifiée. L’héroïne modeste et inoubliable d’un film magnifique, qui navigue entre deux époques, avec la grâce fragile et opiniâtre d’un grand voilier.
Contrainte à un mariage forcé, Hicran s'enfuit de chez elle.
Inquiété par sa disparition, son supposé fiancé Riza quitte son village pour Istanbul, à la recherche de celle qu'il n'a pas eu le temps de connaître.
Face à la réalité d'un monde masculin qui veut la soumettre, Hicran s'abandonne à son destin qui ne cessera de la surprendre.
de Zeki DEMIRKUBUZ
Turquie, sortie le 15 avril 2026 , 2h40
Avoir-Alire:
On est en 2026 et, manifestement, les mariages forcés sont encore en vigueur en Turquie. C’est tout le drame de cette adolescente, Hicran, qui n’a d’autres solutions que de fuir le domicile familial, situé en pleine campagne. Elle pense qu’Istanbul est la capitale de la modernité avec des femmes et des hommes évolués, modernes, mais elle se retrouve acculée à d’autres problématiques tout aussi graves telles que l’enrôlement de force dans des réseaux de prostitution.
La grande intelligence du film de Zeki Demirkubuz se trouve dans le fait que le portrait de la jeune fille, de plus en plus présent au fil de la narration, passe essentiellement par le regard des hommes qui gravitent autour d’elle. On peut dire que le récit est construit en quatre parties, à savoir en premier temps la recherche au cœur de la capitale turque de l’adolescente par le mari supposé, en second temps le retour au village d’Hicran, en troisième temps la vie en couple avec un homme veuf et âgé, et enfin l’épilogue. Les hommes, en dépit des aspirations à l’émancipation et à la liberté, ne cessent de contraindre le destin de l’héroïne qui ne parvient jamais à échapper à leur emprise, du fait notamment du poids de la tradition. Le réalisateur refuse de céder à la facilité du manichéisme. Les hommes sont tout autant en souffrance dans un univers où ils perdent de leur aura et sont confrontés à une solitude affective tragique. Pour autant, leur violence implicite ne cesse de hanter les relations sociales dont les femmes sont les premières victimes.
L'Atalante:
Comment se fait-il que HAYAT soit le premier film de Zeki Demirkubuz à sortir en France ? C’est la question qui se pose en découvrant l’œuvre de ce cinéaste turc, considéré dans son pays comme l’équivalent de Nuri Bilge Ceylan. Remercions donc le distributeur Damned pour cette découverte : « un cinéma qui est là pour nous aider à comprendre, pour répondre à des questions et nous en poser de nouvelles, […] un cinéma profond et ambigu » comme le résume lui-même le réalisateur.
HAYAT pourrait être aussi un film sur l’amour, le mariage arrangé, sur les jeunes filles qui n’ont d’autre choix que de s’enfuir, mais c’est au final un film sur la Vie – c’est la traduction française du titre -, avec ses détours, ses arrangements et ses surprises. Avec ce film habilement construit et troué de magnifiques ellipses, Zeki Demirkubuz nous offre une œuvre profondément engagée et sans compromis, mais surtout sensible et au plus près de l’humain.
Lacomete:
Fidèle à son cinéma, Zeki Demirkubuz signe avec HAYAT une oeuvre sombre et introspective, entre fatalisme et quête d'absolu.
Cher·es spectatrices et spectateurs,
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