Radio Pomski livre sa dernière bataille. Cultissime radio locale, lovée dans un camping, elle ressemble à celles et ceux qui y résident à l’année et que la vie a cabossés. Alors que la menace d’une expulsion se resserre, l’antenne devient le cœur battant d’une communauté où se mêlent destins ordinaires et extraordinaires, tentatives de bonheur, et certitude fragile, qu’ensemble, tout n’est pas encore perdu. À sa manière, chacun essaie de sauver bien plus qu’un lieu : une certaine idée de l’amour et de l’amitié.
de Alain RAOUST
France, sortie en salle le 1er juillet 2026, 1h44
Le mot des cinémas Art et Essai
Luc Lavacherie - Scène nationale La Coursive, La Rochelle :
À l’heure où notre monde commun se noie dans un flot d’images toxiques, Alain Raoust, enfant du rock et du cinéma, laisse à nouveau surnager ses rêves de jeunesse (titre de son film précédent) pour nous offrir un vent d’espoir. Ecrit comme un concept album (chaque personnage y a sa plage), ce conte moral plein d’invention nous rappelle aux vertus des Beatles et de leur champ de fraises, des amours de jeunesse, du socialisme estival des campings, de l’analogique (ah, les disques vinyles !), des voix rocailleuses (celle magnifique de Philippe Rebbot) et du psychédélisme. Voici donc un film aussi fragile que précieux, sous ses allures modestes, il nous sauve du malheur.
Tout public
Bouchra, 35 ans, cinéaste marocaine installée à New York, est paralysée par la peur de la page blanche. Un appel de sa mère depuis Casablanca ravive souvenirs et émotions enfouis. Au fil de leur échange, doux et fragile, une brèche s’ouvre, les images reviennent, les désirs aussi.
Un film en forme d’autofiction qui aborde, avec humour et tendresse, les relations mère/fille, le rapport à la création et où l’on verra comment une ourse séduit une coyote.
de Orian BARKI et Meriem BENNANI
Maroc USA,
sortie en salle le 3 juin 2026, 1h23
Les cahiers du cinéma
Si Bouchra est une réussite, c’est que l’animation est en fait davantage que le moyen d’une distance pudique : le récit d’une déstabilisation intime y semble inséparable de la pleine affirmation d’un style. L’environnement cyberpunk assez hostile (humide, obscur) est compensé par une forme de sensualité numérique, un réalisme luisant des matières et des corps. L’assimilation de Bouchra à un imaginaire digital dont il épouse à fond l’esthétique lustrée est par ailleurs équilibrée par une bande sonore plus incarnée et enveloppante. La voix de Bouchra est spontanée, presque juvénile, toujours bienveillante envers sa mère restée à Casablanca, avec qui elle échange à distance et décortique le moment douloureux de l’aveu de son homosexualité. La série 2 Lizards créée par le binôme et diffusée sur les réseaux sociaux pendant le confinement se distinguait déjà par un univers visuellement froid, auditivement chaud, étrangement harmonieux dans ce déséquilibre dénué de coquetterie. Sous ses atours de film torturé, Bouchra s’offre comme une ode lumineuse à la compréhension mutuelle, depuis une place ultracontemporaine.
Trois couleurs
Après avoir collaboré sur la minisérie 2 Lizards, qui racontait des histoires d’animaux anthropomorphisés durant le confinement, la réalisatrice Orian Barki et la plasticienne et vidéaste Meriem Bennani s’affranchissent à nouveau d’une imagerie traditionnelle pour raconter les multiples transports et trajets (spatial, émotionnel, temporel, corporel…) d’un être complexe, pétri de désirs et échappant à bon nombre d’assignations. Une proposition visuelle qui sied intelligemment à ce que l’héroïne traverse ; elle fait exister un monde, une identité et tout un univers émotionnel inaccessibles en prise de vues réelle.
Tout public
Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien devenu misanthrope n’a plus rien peint depuis des décennies. Ses enfants, avides d’héritage, engagent Lori, restauratrice et ex-faussaire, pour se faire passer pour son assistante. Sa mission : finir en secret une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », et en tirer une fortune.
de Steven SODEBERGH
Grande-Bretagne, sortie en salle le 10 juin 2026, 1h40
Ecranlarge
Avec son rythme toujours plus soutenu de sorties, Steven Soderbergh se rend toujours plus insaisissable dans le choix de ses histoires et les technologies employées pour les raconter. En 2025, il y a eu le doublé Presence et The Insider, deux opus qui alternaient entre l’audace esthétique du premier (la vue subjective du fantôme) et la sobriété maîtrisée du second. 2026 semble reproduire la même mouvance, puisque Soderbergh s’est cassé les dents à Cannes en présentant John Lennon : The Last Interview, horrible documentaire expérimental nourri à l’IA générative. On lui préférera le classicisme de The Christophers, faux thriller mais vrai duel philosophique entre les géniaux Ian McKellen et Michaela Coel.
Rollingstone
Il n’est plus un secret qu’Ian McKellen et Michaela Coel sont des interprètes extraordinaires. Ce qui surprend, c’est la façon dont ce duo transforme une histoire un peu bancale sur le marché de l’art en une œuvre singulière. On ressent le frisson de McKellen incarnant un personnage comme Sklar — la fanfaronnade épaisse, traversée par des notes de chagrin sur les amours perdus et le potentiel gâché. Quant à Coel, il n’y a peut-être pas de meilleure praticienne de l’art du jeu silencieux aujourd’hui. Ses regards en disent plus que des tirades.
Soderbergh adore déjouer les attentes et éviter les résolutions faciles. Comme dans tant de ses films — de Sex, Lies and Videotape à Traffic, Erin Brockovich, Out of Sight, Magic Mike et Black Bag — on se retrouve détourné vers des chemins de traverse qui enrichissent l’ensemble. The Christophers reste le réceptacle de deux des meilleures performances de l’année. Mais Soderbergh et ses deux stars veulent se concentrer sur les braises, ce qui les attise et ce qui les maintient vivantes.
Tout public
À Svilengrad, une petite ville à la frontière bulgare, aux confins d’une Europe délaissée, Veska, archéologue, renoue avec Said, un ami d’enfance, dont la voiture vient d’être volée. En voulant l’aider, Veska glisse progressivement au cœur d’une société criminelle dont l’emprise règne sur la ville. Veska va devoir affronter ce monde à la fois trouble et dangereux.
de Valeska Grisebach
France, sortie en salle le 15 juillet 2026, 2h44
Prix du Jury – Festival de Cannes 2026
Franceinfo culture
Par petites touches, la réalisatrice de Western, en sélection Un certain regard à Cannes en 2017, peint un tableau sans concession de la Bulgarie post-communiste. Dans ce drame des temps modernes, trois amis d'enfance se retrouvent dans des conditions inédites : Iliya, Saïd et Veska. Le premier, devenu le chef de la mafia locale, voit son autorité contestée par la nouvelle génération. Saïd, au passé trouble, tient à son indépendance et refuse de s'associer à nouveau avec Iliya. Veska, liée à Saïd par amitié, s'insurge à sa manière douce et tranquille contre le patriarcat.
L'Atalante Bayonne
Jouer avec les codes du genre, la cinéaste allemande Valeska Grisebach s’y attelle de manière passionnante dans L’AVENTURE RÊVÉE (à l’instar du très beau WESTERN en 2019). Sorte de polar taiseux, qui observe plus qu’il n’explique, le film avance subrepticement, par tâtonnements, par petites touches, aux côtés d’un personnage féminin unique en son genre d’archéologue. Veska, du haut de ses soixante ans, n’hésite pas à tenir tête à des hommes façonnés par des décennies de pratiques sexistes et de codes misogynes, à l’image de ces petits mafieux qui font régner la loi dans cette zone frontalière de la Bulgarie. Yana Radeva, impressionnante comédienne non-professionnelle, incarne à travers Veska une lignée de femmes puissantes, issues de pays livrés à l’abandon, fermement décidées à lutter contre cette domination. A l’image de sa compatriote Maren Ade (TONi ERDMANN) ou d’Eva Trobisch (avec HOME STORiES programmé sur cette gazette), Valeska Grisebach incarne une assez passionnante nouvelle vague de la modernité allemande.
Dans un village cotonier du Soudan, l'adolescente Nafisa est élevée au milieu des récits héroïques de la lutte contre les colonisateurs britanniques racontés par sa grand-mère, la matriarche du village, Al-Sit. Mais lorsqu'un jeune homme d'affaires arrive de l'étranger avec un nouveau plan de développement et du coton génétiquement modifié, Nafisa se retrouve au centre d'un jeu de pouvoir qui déterminera l'avenir du village. Prenant conscience de sa propre force, Nafisa se lance dans une quête pour sauver les champs de coton – et elle-même. Ni elle ni sa communauté ne seront plus jamais les mêmes.
de Suzannah MIRGHANI
Soudan, sortie en salle le 7 juillet 2026, 1h35
abusdecine.com :
Pays en proie à la guerre civile depuis 2023 à la cinématographie encore rare, le Soudan était représenté à la Semaine de la critique du Festival de Venise 2025 par "Cotton Queen", portrait d’une jeune ouvrière agricole, déterminée, comme elle le dira tardivement à décider « de son futur ». Tournant autour d’une nouvelle forme de colonialisme, celle des grandes entreprises productrices d’OGM, représentées ici par Mr Tajini, qui ne cherche pas ici qu’à faire commerce, mais aussi à trouver compagne, le scénario aborde également en arrière plan d’autres sujets tels que le passé de la propriétaire, entourée de légendes, et la tradition plus ou moins persistante de l’excision
Cotton Queen" assume son très beau noir et blanc, pour représenter la souffrance des femmes. Celle de la grand mère, synonyme d’indépendance, elle la porte dans la peau, avec ses cicatrices aux joues et aux mains, dont on découvrira l’origine à un moment du film. Alors que, épuisée, la question de sa succession devrait bientôt se poser, le film convoque un mélange de douceur de vivre (les baignades d’après cueillette…) et la pression d’un monde extérieur prêt à tout écraser par s'approprier la richesse des lieux. Un beau portrait de femme.
Cher·es spectatrices et spectateurs,
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